aujourd'hui...
je suis allée à son chevet pour le réveiller, il s'est tourné, les yeux ouverts, le sommeil envolé. Câlin et conversation matinale dans la chaleur des plumes.
j'ai appelé le père pour qu'il soit là quand l'autre enfant se réveillera. je voulais qu'un des parents soit là pour le réveil.
j'ai vu le bébé, allongé, au teint de plus en plus clair. il s'est agité dans son sommeil.
j'ai vu le garçon, lové sous sa couverture, endormi lui aussi.
les enfants dormants.
il y a longtemps
très longtemps me semble-t-il, mais c'est à l'échelle de ma modeste vie, j'ai écrit un texte, l'alliance. Des mots sur des maux, que je voulais beaux, les mots, parce que les maux ne sont jamais beaux, eux.
Je vais bientôt fêter une décennie, un chiffre avec un zéro derrière. Je me souviens de celui que j'appelais Crocodile et qui m'avait fait remarqué pour mes 9 ans, que jamais plus je n'aurais d'anniversaire à un seul chiffre. Il avait oublié de me dire que les seuls qui semblent importer ensuite, ce sont ceux avec un zéro dedans. Ma mère ne sait pas quoi m'offrir. J'ai d'autres choses à penser, et je n'ai besoin de rien, ni même envie de quoi que ce soit. Elle me propose...
son alliance.
Son alliance en or me précise-t-elle. Je crois me souvenir qu'elle en a peut-être plusieurs, peut-être une avec des diamants sertis dessus ? Peut-être. Je n'y ai jamais véritablement prêté attention.
Ma mère est veuve. De quelle alliance veut-elle parler ? Celle que mon père lui a offerte le jour de leur mariage ? Je n'y étais pas, je ne m'en souviens pas. Que veut-elle faire avec cette alliance ? Me léguer un peu de ce que lui a laissé mon père ? M'allier à lui ? Me marier outre tombe dans une scène funèbre œdipienne ? M'associer à elle ? M'allier à elle ? Prendre la place du défunt ? Je suis sidérée. Comment dire ce qui tournoie dans ma tête pendant qu'elle parle dans le téléphone ? Je prends une respiration et je lui dis que je préfèrerais pas, parce que je ne la porterai pas, même autour d'une chaine, et de toutes façons, je ne porte pas d'or jaune. Comment ne pas la blesser ? Comment ne pas la mettre en face de ses horreurs ? Comment la préserver ? (et pourquoi je m'emploie encore à ça ? ah mes sales réflexes de petite fille mal dégrossie !)
Si seulement pour le jour de ma naissance, il y a quelques décennies, mon père avait offert à ma mère cette alliance parce que pour leurs noces, c'était tellement difficile de faire mieux qu'un simple anneau de métal à peine brillant... là, j'aurais pu considérer autrement cet anneau.
aujourd'hui...
je n'ai pas lu la consigne avant ce soir, donc la toute première question qu'on va me poser, euh, comment te dire, j'en sais rien, je comprends même pas la consigne, alors écrire dessus, là, c'est au-dessus de mes forces.
aujourd'hui...
fragment raconté en poésie, mais pésie moderne alors, un truc du genre le texte du commentaire que j'avais choisi au bac, parce que je maitrisais trop bien le résumé discussion et que j'avais déjà traité le sujet de la dissertation et que j'aime pas la facilité, non mais. Ma pire note en français de toute ma scolarité au baccalauréat.
la poésie, chez moi, c'est un gâteau aux framboises le matin avec mon fils, une aile de raie avec une sauce à ma façon, et de la purée gratinée, la poésie, c'est une journée, avec une sieste parce que vu la nuit hachée passée, impossible de faire autrement, et les gamins qui jouent tranquillement dans la chambre à côté, j'ai de la chance d'avoir ces enfants-là, un café et des patisseries de chez nos amis, des révisions sur un bureau rangé la bougie allumée, une sortie au ciné (merci m'sieu Burton, vous m'avez régalée avec votre dernier film), un petit tour dans le lieu sombre et vouté, ai croisé pour de vrai un célèbre Didier M. que j'ai aussi superbement ignoré que lui, découvert deux cuisiniers au talent prometteur et à la sympathie spntanée, ma poésie, c'est une journée comme celle-là, mon bonheur en poésie, une succession de phrases, une suite de moments imparfaits et beaux, une douceur et de l'ardeur, de l'amour et pour toujours.
aujourd'hui...
il faut se concentrer, ne pas se disperser.
je n'ai pas ma carte, je n'ai plus mon portefeuille, perdu, égaré, avec cartes bleue d'identité et d'étudiant, plan B pour aller passer l'examen, carte papier et passeport. à l'intérieur les cartes d'identité de mes petits, avec leur photo à quelques mois de vie, trop choux, ma fille a une tête plus massive que mon fils, terrible.
je prends mon vélo, il pleut, il faut pédaler, vite, vite, je n'ai pas la tête à ça, je voudrais relire mes fiches, vite, vite, les gouttes d'eau tombent plus drues, plus lourdes, il me faut le plan A du jour d'examen, le métro. Pas de porte monnaie, pas de ticket. Heureusement que j'ai taxé l'homme avant de partir. Une bouche de méro, un carnet, une rame, trop pleine, la suivante avec des sièges vides, mes fiches, mon angoisse, il faut se concentrer.
je vais à l'unité, il faut manger et pas dans le bureau, je mange, il faut faire la causette, j'aime pas, je me force, elles partent pour la réunion, les autres arrivent, j'apprends les nouvelles, mauvaises, je quitte, je vais faire un tour, je reviens faire mes visites, je file, je pars voir le spectacle de la classee mon fils, sur une musique de schubert, je suis émue, aux larmes, j'ai trop chaud, je me sens stupide de pleurer ainsi, émue d'être du côté des parents dans ce gymnase d'école, émue de voir les sourires de mon fils qui m'a repérée dans l'assistance et m'adresse des grands sourires, il est si sérieux dans son rôle.
aujourd'hui, il faut se concentrer, ne pas se disperser, je monte sur la tiger, elle est trop haute, déjà 600 km et moins de deux semaines de route, j'ai des envies de black mamba, vivement l'été, aujourd'hui, j'ai envie de fêter, je vais boire le champagne de l'autre côté du canal, depuis cette baie vitrée où l'on aperçoit la tour eiffel,
aujourd'hui, il faut se concentrer, ne pas se disperser, et j'aurais pu m'énerver mille fois contre ce type chargé de surveiller l'amphi et qui ne fait que venir me causer. C'est bien d'petre mince qu'il me souffle, je ne comprends pas, il répète, je le regarde, je suis folle ou j'ai compris ce qu'il vient de me dire, il répète encore, j'ai bien compris, je continue de manger, j'essaie de me remettre dans le sujet et ma copie, j'ai la bouche pleine d'ananas et de fraises séchés, de noix de cajou et d'amande, un trognon de pomme git derrière ma trousse, je mange toujours et j'écris sur l'oralité pour la névrotique hsytérique.
aujourd'hui...
une multitude de petites choses m'ont détournée de mon objectif de révisions
- aller nager
- déjeuner
- remplir le garde-manger
- trainer sur le net
- offrir des livres
- trouver un cadeau d'anniversaire
- trinquer pour l'anniversaire
je ne suis pas sérieuse.
Quand on sait qu'un chat crevé a tenté de me priver de deux semaines de stage, on envisage la vie sous un autre angle. Ironie, mon amie.
aujourd'hui...
c'est pas aujourd'hui, mais lundi, quand je suis rentrée, j'ai eu des crampes. abdominales. abominales. tout ça parce que je prétends pouvoir encore rentrer mon ventre dans un jean's slim en toile noire acheté au rayon ado d'une marque de fringues de grande distribution. Je dois me faire une raison. Mon corps s'épaissit. En ce moment, je ne grossis pas, non, je m'empâte. Et je vais devoir faire quelque chose.
aujourd'hui...
"Une célèbre madone de Giovanni Bellini porte même un regard oblique qui a les caractères d’un regard « pathétique ». Pathétique est pris dans son sens neurologique1: actionné par le nerf pathétique, nerf dédié uniquement au « pathétisme », à l’expression de la passion intérieure. En outre, ces regards obliques ou pathétiques ne sont pas dirigés vers l’enfant. Ils sont orientés vers l’intérieur de la future ou nouvelle mère. Ce fait apparaît clairement, si on en trace l’axe. Il plonge dans la direction du cœur." M. Bydlowski
Le nerf trochléaire (IV) est issu du tronc cérébral. Contrairement à tous les autres nerfs crâniens, il est le seul à sortir du tronc cérébral par sa face dorsale et à contourner celui-ci. Il sort de l'endocrane au niveau de la fissure orbitaire supérieure, formée par la petite aile du sphénoïde. Il innerve en particulier le muscle grand oblique (ou "oblique supérieur") qui permet la mobilité de l'œil. Lors de l'atteinte de ce nerf on observe un déficit de l'abaissement du regard. Wikipedia
La ligne qui va de l'œil au cœur, ce nerf qui fait lien. À cœur ouvert, pour y lire comme dans un livre. Œil cœur : O et E collés. La ligne de l'œil au cœur, le pathétique.
aujourd'hui...
La maltraitance. Je la reconnais. Je la subis.
Une personne. Une autre. Encore une autre. Depuis longtemps, figures interchangeables. Répétition ? Similarité sans aucun doute.
Peu importe qui.
J'accepte, pire j'excuse.
Je fais le dos rond, je passe à autre chose, je pense à autre chose.
Je sens, je subis, j'endosse. Je ne dis rien.
Je continue le même chemin. Avec cette mauvaise compagnie.
Et je n'arrive pas à lui en vouloir.
Ma croix.
Je cherche ma bannière.
aujourd'hui...
pour de semblant ? j'ai beau regarder, retourner, remettre en ordre, aujourd'hui, rien, je n'ai rien fait pour de semblant.
j'ai comme l'impression que l'authenticité était là, tout le temps, avec moi, en moi. quand j'ai parlé, quand j'ai agi, quand l'ai dégusté, quand j'ai ri, quand j'ai discuté, quand j'ai écrit, quand j'ai répondu, quand j'ai marché, quand j'ai roulé, quand j'ai regardé autour de moi.
pour de semblant, j'étais une femme formidablement belle et radieuse et intelligente et aimable et aimée et amoureuse qui traversait la plus belle ville du monde de pont en pont, de bâtiments anciens en ciel nuageux, pour de semblant, j'étais une autre, parce que je me sentais heureuse.
